Retour sur les lyonnais à Paris du 21 octobre 2015

Voici le retour de notre rencontre !  Rencontre des lyonnais à Paris avec le Cardinal Barbarin –

 

  La lettre épiscopale

Avant de parler du sujet du soir, le Cardinal a présenté sa nouvelle lettre pastorale « Afin que le monde croit »

Le thème de la première lettre avait été « suivre Jésus de prêt » à l’école d’Antoine Chevrier. La seconde portait sur l’Eglise servante des plus pauvres et démunis, vocation qui avait été rappelée par le Concile Vatican II.  Elle avait donc été publiée pour les 50 ans de l’ouverture du Concile.

Le troisième est donc une invitation à sortir, c’est un appel pastoral à la mission : « Qu’ils soient un afin que le monde croie… ». Dans cette parole du Christ, un lien fort est fait entre la fraternité qui se vit dans la communauté et sa vitalité missionnaire. Plus petite que les précédentes lettres, celle-ci a pour vocation à être largement lue et diffusée avec la proposition qui est faite d’établir dans chaque paroisse un « projet missionnaire ». Ce projet doit être là pour que la mission irrigue toutes les actions de chaque communauté et qu’elle corresponde à son lieu : la mission à Vénissieux est différente de la mission à Lyon où Collonges au Mont d’Or.

 

L’Eglise se met-elle au vert ?

Dans une conférence, Mgr Bruguès avait recensé tous les passages dans les écrits de Benoit XVI qui parlait des enjeux écologiques. Il en avait conclu qu’il était le premier « pape vert ». Benoit XVI a en effet très tôt, parlé de la création.

La création, c’est la 1ère ligne du credo donc c’est celle qui est la plus oubliée. On parle beaucoup de toutes les formules du credo mais la création, personne n’en parle. La question qui découle de l’affirmation du credo est de savoir comment on se comporte avec la Création alors que nous venons du même créateur.

La figure dans l’Eglise qui est la plus éclatante est bien sûr Saint François d’Assise. Il a été le premier à considérer les éléments de la création comme une fraternité cosmique car tous issus du même créateur : « mère notre sœur la terre », « frère soleil », « sœur Lune ». La terre est à la fois notre sœur en ce qu’elle est une création du Père et en même temps la mère nourricière des hommes d’où cette formule de Saint François.

Malgré la présence, assez tôt de Saint François, il y a beaucoup de vide dans l’histoire de l’Eglise sur la création. On s’est battu sur beaucoup de sujets (la trinité, la divinité de Jésus…) mais peu sur la création. Ainsi, seul Saint Thomas a parlé de ce thème dans la Somme théologique.

Il y a eu un changement dans la période récente. On s’est rendu compte que lorsqu’on avait une utilisation profitable de la terre, cela posait des problèmes et nuisait à l’homme. La société civile s’est donc « réveillée » dans les années 1970, mais aucune mention n’est faite dans le Concile. L’Eglise a donc été en retard pour investir ce champ. Il y eut tout de même le  grand cri de Paul VI à l’ONU concernant l’agriculture. Il est intéressant de constater qu’on ne parle plus aujourd’hui d’agriculteur (agri = terre, culture = honorer aussi), on parle d’exploitant agricole.

Après Paul VI Jean-Paul II va rapidement se saisir de la question de l’écologie en faisant dans les premiers temps de son pontificat, de Saint François le saint patron des écologistes. Jean-Paul II a beaucoup écrit sur le sujet, et Jean Bastaire fit une collection de tous ces textes.

Avec Benoit XVI, l’Eglise donne une importance majeure à ce sujet social car le pape porte une grande importance à la création. En descendant de l’avion à Sydney à l’occasion des JMJ, il est émerveillé de la création qu’il contemple.

Enfin, le pape François est élu et choisit le nom de François en référence à François d’Assise qui fait la synthèse de deux thèmes qui anime le pape : la pauvreté et donc l’écologie.
C’est une encyclique qui n’a étonnement pas de titre en latin et qui reprend littéralement le cantique de Saint François en italien. Dans l’intro, il rend hommage à Bartholomé qui a déjà écrit une encyclique sur le sujet. Contrairement à ce qui est fait habituellement, il ne part pas d’une revue de théologie mais de « ce qui se passe dans la maison commune ». La large réception de l’encyclique est justement due au fait qu’elle parle de la « maison commune ». Tout de suite, il fait le lien entre la détérioration de la terre et la détérioration sociale : « tout est lié » répète le pape de nombreuses fois. Si on ne prend pas soin de l’homme, on ne peut pas prendre soin de la nature. Il refuse de rentrer dans les points de débats scientifiques car ce n’est pas de sa compétence mais il dit qu’il veut qu’on soit tous présent dans le maintien de la maison commune.

 
Dans un second chapitre, il parle de l’Evangile de la création. Cette formule veut dire qu’on peut résumer Jésus à la création (Saint Paul parle de l’Evangile de la gloire, Jean-Paul II de l’Evangile de la vie…). Ainsi, François peut dire la totalité du message chrétien à partir de la création. De fait, à partir de la première phrase du credo, il est normal que Dieu vienne sur terre pour nous sauver, et la suite de la crucifixion il est logique qu’il y ait la résurrection. Si nous disons que Dieu crée, alors on voit toute la vie de son amour et le fait qu’il nous laissera jamais tombé, ce jusqu’à « la résurrection de la chair et la vie du monde à venir ».

 
A Madagascar, lorsqu’on baptise, on plante deux arbres car on rend grâce au Père et on prend soin de la mère nourricière. Et quand on est confirmé, c’est la personne qui le plante lui-même. Ainsi, il y a un lien étroit qui est marqué entre la vie venue de Dieu et le don qu’il nous fait de la création. À partir de là, François dit qu’on ne peut dissocier l’homme de la nature et le but est de trouver dans sa juste place dans le cosmos.

 
Le troisième chapitre est de dire que le dérèglement est la conséquence du péché comme le disait Bartholomé. Et on a souvent reproché aux chrétiens qu’ils ont incité à exploiter la terre à partir du premier chapitre de la Genèse. Mais il ne faut pas oublier le chapitre 2 qui dit qu’on doit « cultiver et garder » le jardin. L’homme peut donc dévaster la terre mais Dieu l’invite à la garder.

 
Le chapitre 4 est le coeur de l’apport de l’encyclique avec le développement du concept « d’écologie intégrale ». Cette formule signifie que l’écologie se déploie dans l’ensemble de la création. Le Pape introduit quelque chose de nouveau : l’écologie culturelle. Il dénonce ainsi la fin des aborigènes et la fin de certaines langues qui traduisent la diversité des actions de grâce qui peuvent être rendues à Dieu. De fait, Dieu a permis ces langues et ces cultures qui parlent de la bonté de Dieu envers les hommes. Ainsi, la perte de ces biens est catastrophique. Il évoque également l’écologie quotidienne en établissant le lien entre « tu ne voleras pas » et l’écologie. De fait, si on se comporte d’une manière d’exploitation envers la création, on est voleur envers les générations futures.

 
Le chapitre 5 est quant à lui moi concret pour le commun des mortels. Il évoque notamment le rôle et le devoir des dirigeants et de l’ONU dans la préservation de la planète.

 
Enfin, le chapitre 6 est une invitation à la spiritualité écologique, c’est-à-dire à une conversion des chrétiens dans leur rapport avec la Création. Il demande à ce qu’on sorte du « toujours plus » pour comprendre que parfois « moins c’est plus ». « Il renvoie riches les mains vides » : le bon Dieu est gentil car les riches ont rarement les mains vides et il les allège de ce poids qui les empêche d’aider les plus pauvres notamment. Ainsi, dans notre vie quotidienne, cette conversion doit s’opérer pour que nous ayons un rapport de plus en plus juste aux choses et à la Création. Le pape est d’ailleurs très concret dans ce chapitre en évoquant le fait qu’on mettre un pull de plus plutôt que d’augmenter le chauffage. Ce chapitre cherche également à changer le regard sur certains points : on se bat sur les chiffres de la croissance mais cela n’est pas le bonheur. Ce moins de matériel apporte en réalité un bien largement meilleur. À partir de là, le pape invite notamment à ce qu’on réapprenne à se reposer.

 
L’encyclique se conclut par quelque chose de très beau : le pape propose une prière pour les croyants de toutes les confessions et ensuite une prière chrétienne qui dit merci puis on demande qu’on trouve notre juste place.