Témoignage : 3 jours en Irak

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Ces trois jours en Irak avec la délégation du diocèse de Lyon, conduite par le Cardinal Barbarin, ont été pour moi une expérience bouleversante. La majeure partie du temps, nous sommes allés à la rencontre des familles de réfugiés. Ils se sont fait expulser de chez eux dans des conditions terribles. Ils n’ont plus rien. Ils se retrouvent entassés dans des camps de fortune, souvent sans eau et sans électricité. Certains ont tout perdu, leurs biens, leur famille, leurs amis et ne connaissent plus personne. C’était très fort de voir leur solidarité les uns avec les autres.

Des adultes aux enfants, chacun donne le meilleur de lui-même pour réconforter l’autre. Ils sont vraiment un témoignage de vie et d’espérance pour nous tous…de foi aussi !

Nous leur avons promis de parler d’eux, de ne pas les oublier.Ils comptent beaucoup sur nous pour faire entendre leur voix.

Comment rester indifférents ? Ils n’ont cessé de nous répéter, que ce soit Monseigneur Backo, évêque de Mossoul, ou un père de famille démuni, «ce qui compte pour nous, ce n’est pas tant les aides matérielles que le soutien moral des autres pays!» Ils sont une vraie richesse pour nous tous, comme nous avons à apprendre d’eux ! Ces gens sont pour la plupart issus de Mossoul (deuxième ville d’Irak après Bagdad prise par Daesh en août) ou de Qaraqosh (la plus importante ville chrétienne d’Irak, à une trentaine de kilomètres à l’est de Mossoul, sous occupation djihadiste également) et sont venus se réfugier à Erbil dans le Kurdistan irakien. Ils sont tolérés ici mais mal accueillis car ils arrivent sans rien et, d’un point de vue strictement économique, appauvrissent la région. On ne leur offre pas de travail.

Les gens ont les poches vides et n’ont pas de solution pour faire évoluer leur situation. Quelqu’un m’explique qu’ils sont comme dans un tunnel dont ils ne voient pas l’issue. Depuis plusieurs mois, Daesh a multiplié exactions, assassinats et les pires barbaries. Il y avait plus de deux cent mille chrétiens à Mossoul il y a trois mois, il en reste moins de deux mille aujourd’hui. A Erbil, la confiance des réfugiés envers leur pays et les autres communautés irakiennes est ébranlée. Ils vivent dans la peur. La menace que les djadistes arrivent jusqu’à eux est omniprésente. Ces gens sont traumatisés. Ils sentent cependant que l’avenir des chrétiens et des yézidis en Irak se joue maintenant.

C’est pour cette raison que beaucoup restent. Leur courage est remarquable. Vendredi soir, deux frères nous racontent leur histoire: «nous sommes partis tous les deux vivre dix ans au Pays-Bas mais nous avons fait le choix de rentrer car notre pays est ici.» En 2005, ils sont revenus vivre comme des réfugiés pour aider leurs frères chrétiens. Les larmes aux yeux, ils nous confient ces paroles: «C’est la dernière chance pour nous ici. C’est dur. On essaye de tenir». Une autre force de ces gens, c’est leur fidélité au Christ et à leur pays. Imaginez la scène. Des gens haineux, d’une violence inouïe, lourdement armés, forcent votre porte: «Etes-vous chrétiens?». Pas un, personne, n’a apostasié ! Monseigneur Backo nous l’a redit, personne ! Beaucoup ont  été torturés puis tués pour ce OUI ! Ces gens pourraient alors être révoltés, vouloir à tout prix se venger ! Ce qui m’a frappé, c’est qu’à travers les nombreuses discussions que j’ai eu avec ces innocents, aucun n’était dans cet état d’esprit. Ils étaient vraiment dans la paix. Ce qu’ils veulent, c’est simplement rentrer chez eux et non pas se venger. Ils vivent une terrible épreuve mais ne baissent pas les bras, ils n’ont plus rien et restent dans l’espérance, ils souffrent mais gardent le sourire. Ils sont chrétiens et ils sont des hommes.Quelques soient nos convictions, ils sont nos frères ! Parlons d’eux autour de nous, c’est ce qu’ils souhaitent : ne les décevons pas !

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Témoignage de M.